La peine de mort requise contre Ben Ali devant un tribunal militaire
Le Monde.fr avec AFP | 23.05.2012 à 23h11 • Mis à jour le 23.05.2012 à 23h11
L'ancien président tunisien Zine El-Abidine Ben Ali et sa femme Leïla à Tunis en octobre 2009. | AFP/FETHI BELAID
Le procureur du tribunal militaire du Kef, dans le nord-ouest de la Tunisie, a requis mercredi 23 mai la peine capitale contre l'ex-président tunisien Zine El-Abidine Ben Ali, jugé par contumace pour complicité d'homicides volontaires dans la répression en janvier 2011 du soulèvement populaire, a-t-on appris de source judiciaire militaire.
Le procureur a requis la peine capitale pour l'ex-président et "les sanctions les plus sévères possibles" pour ses vingt-deux coaccusés, anciens hauts responsables du régime, poursuivis pour la mort d'au moins 22 personnes à Thala et Kasserine, dans le centre-ouest du pays. Ces deux villes ont payé un lourd tribut au soulèvement populaire qui provoqua la fuite en Arabie saoudite de Ben Ali le 14 janvier 2011.
C'est la première fois que la peine capitale est requise contre l'ancien président tunisien, qui fait l'objet de dizaines d'actions en justice devant les justices militaire et civile. Ben Ali a déjà cumulé au civil des condamnations à soixante-six ans de prison notamment pour détournements de fonds, trafic de drogue et abus de biens publics. Il fait l'objet avec son épouse Leïla Trabelsi d'un mandat d'arrêt international, mais l'Arabie saoudite n'a jamais jusqu'à présent répondu aux demandes d'extradition tunisiennes.
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ÉTONNEMENT DES AVOCATS
Au cours du procès du Kef, entamé fin novembre 2011, aucun des prévenus n'a reconnu avoir donné l'ordre de tirer, chacun renvoyant la responsabilité à une "cellule sécuritaire de suivi" et à "la salle d'opération" du ministère de l'intérieur, sans jamais mentionner de noms. Parmi les inculpés figurent les ex-ministres de l'intérieur Rafik Belhaj Kacem et Ahmed Friaâ, ainsi que l'ancien directeur général de la sûreté, Adel Tiouiri, et l'ex-chef des brigades spéciales, Jalel Boudriga. Les plaidoiries de la défense doivent se poursuivre jeudi.
L'ancien premier ministre tunisien, Mohamed Ghannouchi, qui dirigea le premier gouvernement post-Ben Ali, avait toutefois témoigné en janvier devant le tribunal du Kef et mis en cause le président déchu. Il avait notamment assuré avoir appelé Ben Ali le 9 janvier pour lui demander d'arrêter les tirs à balles réelles contre la population à Kasserine. Ben Ali aurait alors justifié l'usage des armes comme une "légitime défense".
Les réquisitions du procureur ont été accueillies avec étonnement par plusieurs avocats, y compris de la partie civile. "Ben Ali n'est pas l'acteur principal de ces homicides, il est poursuivi pour complicité et pourtant le procureur requiert contre lui une peine plus importante que contre ceux qui sont poursuivis pour homicides", a déclaré Abderraouf Ayadi, défenseur d'une des familles de victimes.
"Je pense que la justice essaye de trouver un compromis avec les familles des martyrs plutôt que de faire un procès équitable, il n'y a pas de volonté de connaître les véritables responsables", a-t-il déploré. De son côté, Othman Oueslati, avocat d'un autre prévenu, Rafik Belhaj Kacem, a assuré que son client n'avait "jamais reçu d'instructions de Ben Ali pour tuer". "Ce procès ne tient pas sur le fond et sur la forme", a-t-il dit, cité par l'agence TAP. Les plaidoiries de la défense doivent se poursuivre encore plusieurs jours.
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